{"id":556,"date":"2025-11-16T19:44:12","date_gmt":"2025-11-16T18:44:12","guid":{"rendered":"https:\/\/sc1mxog4881.universe.wf\/?page_id=556"},"modified":"2025-11-16T19:44:56","modified_gmt":"2025-11-16T18:44:56","slug":"eliane-burnet-2007-etats-de-choses-4","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/christinecoblentz.com\/?page_id=556","title":{"rendered":"Eliane Burnet &#8211; 2007 &#8211; \u00ab\u00a0Etats de choses 4\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n\n\n<p><strong>Christine Coblentz ou comment \u00ab\u00a0perdre des formes pour en retrouver d\u2019autres\u00a0\u00bb<\/strong><br \/><br \/><a href=\"BURNET_Livret_2007_2_juillet_JJ_couleur.rtf\">T\u00e9l\u00e9chargez le texte&#8230; (RTF)<\/a><br \/><br \/> <strong>Du d\u00e9sordre \u00e0 l\u2019ordre ou d\u2019un ordre \u00e0 l\u2019autre<\/strong><br \/><br \/> \u00abIl faut toujours porter en soi du chaos pour enfanter une \u00e9toile dansante.\u00bb Christine Coblentz, ne contredirait pas Nietzsche car il s\u2019agit bien toujours pour l\u2019artiste de partir d\u2019un chaos, d\u2019un d\u00e9sordre\u00a0&#8211; chaos de formes ou d\u2019\u00e9motions &#8211; qui peut se cristalliser dans une nouvelle configuration.<br \/> Par exemple, partir de poivrons qui en s\u00e9chant se sont d\u00e9compos\u00e9s en une s\u00e9rie de petits points, les placer sur un support de papier, les photographier et en faire un paysage ou une ligne d\u2019horizon. La nouvelle forme na\u00eet en s\u2019enfon\u00e7ant dans le d\u00e9sordre, en s\u2019y perdant pour jaillir de ce qui vient.<br \/> Mais parler de d\u00e9sordre c\u2019est encore mal dire car qu\u2019est-ce que le d\u00e9sordre, sinon une id\u00e9e vide \u00e0 laquelle aucune r\u00e9alit\u00e9 ne r\u00e9pond. Le d\u00e9sordre n\u2019existe pas, il est simplement l\u2019expression de la d\u00e9ception devant un ordre auquel on ne s\u2019attendait pas, un ordre qui r\u00e9pond \u00e0 un autre principe que celui que l\u2019on souhaite. Jean Piaget distinguait deux sortes d\u2019ordres\u00a0: l\u2019ordre vital et l\u2019ordre m\u00e9canique. La chemise froiss\u00e9e sur le lit, les chaussures aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la chambre et le pantalon par terre correspond au premier qui renvoie \u00e0 la succession vitale des gestes effectu\u00e9s par celui qui se d\u00e9shabille. Celui qui entre dans la chambre parle de d\u00e9sordre parce qu\u2019il s\u2019attend \u00e0 un autre ordre, l\u2019ordre m\u00e9canique de rangement\u00a0: chaussures l\u2019une \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre, chemise et pantalon sur un cintre. Il s\u2019agit donc toujours de partir d\u2019un ordre pour en fomenter un autre. Autrement dit, changer de regard, prendre un objet ou un \u00e9l\u00e9ment, le sortir de son contexte et lui donner une nouvelle vie.<br \/><br \/><br \/><br \/> <strong>De l\u2019infime \u00e0 l\u2019immense et vis versa<\/strong><br \/><br \/> Devant certaines pi\u00e8ces, le spectateur est troubl\u00e9, d\u00e9stabilis\u00e9 car il ne conna\u00eet pas l\u2019\u00e9chelle de ce qu\u2019il per\u00e7oit. R\u00e9v\u00e9latrices \u00e0 cet \u00e9gard sont les Tortues. A quelle distance se montrent-elles\u00a0? S\u2019agit-il d\u2019images d\u2019une arch\u00e9ologie a\u00e9rienne comme les traces d\u00e9couvertes \u00e0 Nazca, au P\u00e9rou sur un site de plus de 500 km2\u00a0? Est-ce une tortue de 50 m\u00e8tres appartenant \u00e0 un panth\u00e9on de divinit\u00e9s comme les c\u00e9l\u00e8bres araign\u00e9es, colibris ou singes d\u2019une civilisation inconnue\u00a0? Appartient-elle \u00e0 un chemin spirituel, \u00e0 un calendrier astronomique ou est-ce un message pour des extra-terrestres\u00a0? Ne serait-ce pas une forme primaire de tortue trac\u00e9e simplement avec le manche d\u2019un stylet sur une \u0153uvre ancienne faite de \u00ab\u00a0granules\u00a0\u00bb de peinture\u00a0? On passe de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre des hypoth\u00e8ses selon le recul que l\u2019on prend sans pouvoir d\u00e9cider et c\u2019est ce qui fait la joie de l\u2019artiste qui joue sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9. M\u00eame effet de bascule pour ces \u00ab\u00a0paysages\u00a0\u00bb les D\u00e9tails qui pourraient \u00eatre vus avec une lunette astronomique ou un microscope.<br \/> Et ces pyramides, Carri\u00e8re de Mazan, \u00e0 quelle \u00e9chelle les voit-on\u00a0? Sont-ce d\u2019antiques mastabas \u00e9gyptiens, les carri\u00e8res de gypse des entreprises Lafarge qui creusent les collines\u00a0ou seulement des petites constructions en terre glaise comme pourrait le donner \u00e0 voir la s\u00e9rie des photographies au tirage s\u00e9pia\u00a0?<br \/><br \/><br \/><br \/><strong> De l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re au durable et inversement<\/strong><br \/><br \/> Cr\u00e9er quelque chose \u00e0 partir de points ou r\u00e9soudre une forme en ses composants\u00a0: tel est le jeu favori de Christine Coblentz. En cela l\u2019image du nuage peut servir de paradigme. Le spectacle du ciel offre \u00e0 celui qui n\u2019oublie pas de le contempler, le miracle toujours recommenc\u00e9 de la formation de formes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et de leur dissolution\u00a0: la m\u00e9tamorphose s\u2019effectue en une seconde et ensuite, plus rien. C\u2019est ce tremblement de la forme et de l\u2019informe, que l\u2019artiste tente de donner \u00e0 voir dans une \u0153uvre durable faite en peinture \u00e0 l\u2019\u0153uf. Il faut se battre avec la mati\u00e8re, non seulement trouver le bon m\u00e9lange de pigment, d\u2019eau, de vinaigre et de jaune d\u2019\u0153uf, multiplier les couches de peinture, mais il faut encore traquer les brillances, les transparences, les lumi\u00e8res pour donner \u00e0 voir une masse immat\u00e9rielle d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 venant de se constituer, elle est d\u00e9j\u00e0 en train de se d\u00e9faire. C\u2019est ainsi que ces nuages deviennent des Id\u00e9es de nuages.<br \/> Ne serait-ce pas une nouvelle approche de l\u2019intuition atomistique des anciens \u00c9picuriens\u00a0: tout est compos\u00e9 d\u2019atomes et de vide donc de particules ins\u00e9cables et lorsque que quelque chose \u2013 min\u00e9ral, v\u00e9g\u00e9tal, animal, ou humain &#8211; voit le jour c\u2019est de formation d\u2019un conglom\u00e9rat d\u2019atomes que va na\u00eetre sa constitution. Mais tous ces corps compos\u00e9s finissent par se dissiper dans la mort en donnant aux atomes \u00e9ternels la possibilit\u00e9 de se r\u00e9organiser autrement\u00a0: \u00e0 un autre instant ils se retrouveront dans de nouvelles configurations.<br \/><br \/><br \/><br \/> <strong>De l\u2019\u00e9motion \u00e0 l\u2019\u00e9motion, du m\u00eame au m\u00eame<\/strong><br \/><br \/> Christine Coblentz r\u00e9p\u00e8te volontiers qu\u2019elle ne peut pas travailler s\u2019il n\u2019y a pas au d\u00e9part une \u00e9motion forte, une impulsion, une sorte de choc qui d\u00e9clenche un processus de destruction ou de construction de formes. Rien de pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, seulement une mise en route par une \u00ab\u00a0occasion\u00a0\u00bb offerte qu\u2019il faut \u00ab\u00a0saisir par les cheveux\u00a0\u00bb, comme le disaient les anciens, pour pouvoir l\u2019exploiter. L\u2019\u0153uvre sera r\u00e9ussie non pas lorsque le spectateur retrouvera la m\u00eame \u00e9motion mais lorsqu\u2019il se laissera porter dans cette zone o\u00f9 naissent les \u00e9motions.<br \/> Dans cette exposition, il faut donc se laisser entra\u00eener par l\u2019artiste qui veut tirer le spectateur vers quelque chose qui est l\u00e0 d\u00e8s le d\u00e9but, mais qui n\u2019est pas per\u00e7u, pas pleinement achev\u00e9, et qui se r\u00e9soudra seulement \u00e0 la fin. Et qu\u2019on ne parle pas de manipulation ou de parcours didactique, il s\u2019agit seulement de la mise en sc\u00e8ne d\u2019un parcours. Si le spectateur \u00ab\u00a0se fait avoir\u00a0\u00bb tant mieux car, en art ne s\u2019agit-il pas toujours de \u00ab\u00a0se laisser faire\u00a0\u00bb\u00a0? Car le d\u00e9fi n\u2019est-il pas toujours de stimuler le d\u00e9sir de l\u2019autre en cr\u00e9ant des ambigu\u00eft\u00e9s ou m\u00eame des malentendus\u00a0? <br \/><br \/><br \/> <em>Eliane Burnet,<\/em><br \/><br \/><em>Directrice du D\u00e9partement de Philosophie de l\u2019Universit\u00e9 de Savoie.<\/em><br \/><br \/><em>Juin 2007<\/em><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"pagelayer_contact_templates":[],"_pagelayer_content":"","footnotes":""},"class_list":["post-556","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/556","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=556"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/556\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":558,"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/556\/revisions\/558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/christinecoblentz.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}